Juno Beach

Juno Beach est le nom de code d'une des principales plages du débarquement allié en Normandie le 6 juin 1944 lors de la Seconde Guerre mondiale. Elle est située entre Sword Beach et Gold Beach, et s'étend depuis Saint-Aubin-sur-Mer à l'est jusqu'à mi-parcours entre les villages de La Rivière-Saint-Sauveur et Courseulles-sur-Mer à l'ouest. Sa prise fut assignée à la 3e division canadienne commandée par le major-général Keller . Elle était la seconde plage la mieux fortifiée après Omaha Beach. Le général allemand Richter commandait la 716e division gardant la plage avec 11 canons de 155 mm et 9 de 75 mm. Cette unité était composée surtout d’adolescents de moins de 18 ans, d’hommes de plus de 35 ans et de vétérans de la campagne de Russie qui avaient reçu des blessures débilitantes, réduisant dans une certaine mesure la difficulté de la tâche pour les Canadiens.

Les bombardements aériens n’avaient fait que peu de dégâts. Le pilonnage naval entre 6h00 et 7h30 n’avait endommagé que 14% des fortifications et à cause de la météo les Allemands eurent une demi-heure pour se regrouper. Juno Beach était divisée en deux secteurs, Mike à l’ouest et Nan à l’est. La 7e brigade appuyée par le 6e régiment blindé canadien (1er Hussards) devait atteindre la terre et contrôler le secteur Mike devant Graye-sur-Mer et Courseulles. La 8e brigade soutenue par le 10e régiment blindé canadien (cavalerie Fort Garry) débarqua sur le secteur Nan devant Bernières-sur-Mer et Saint-Aubin. La 9e brigade était gardée en réserve. Une mer démontée interdit la mise à l'eau des chars amphibies de la 8e brigade, par contre, quelques chars du 1er Hussards sont mis à terre pour la 7e brigade.

Dans la première heure de l’assaut les forces canadiennes subirent environ 50% de pertes, comparable à celles des états-uniens à Omaha Beach, principalement chez les Royal Winnipeg Rifles et chez les Regina Rifle Regiment. Malgré l'absence de soutien des chars, les hommes du Queen's Own Rifles et du North Shore appartenant à la 8e brigade, s'infiltrent entre les points d'appui allemands et progressent vers l'intérieur des terres. Les blindés du Fort Garry Horse et, quelques heures plus tard, les hommes du régiment de la Chaudière s'intègrent au dispositif et élargissent la tête de pont.
Vers midi la division avait complètement débarquée et s’était enfoncée de plusieurs kilomètres pour prendre les ponts sur la rivière Seulles et à 18h elles contrôlaient la ville de Saint-Aubin-sur-Mer.

Au soir du 6 juin, ayant avancé de quinze kilomètres et franchi la grande route Caen-Bayeux, le 1er Hussards était la seule unité ayant atteint ses objectifs. Cependant elle dut se replier car l’infanterie de soutien n’avait pas suivi. Des éléments de la 9e brigade, le North Scotia Highlanders et le régiment des Fusiliers de Sherbrooke, maintenus en réserve jusque-là, percent vers le sud et se concentrent, à l'approche de la nuit, à quelques kilomètres de Caen.

À la fin de la journée suivante les forces canadiennes firent leur jonction avec les forces britanniques qui avaient pris Sword Beach.

    Langrune-sur-Mer

    La 3e division d’infanterie canadienne du général Keller débarque à Juno Beach, le 6 juin, peu avant 8 heures. A Langrune-sur-Mer, la plupart des villas donnant sur la plage ont été fortifiées par les Allemands. Le 48e Royal Marine Commando doit livrer de violents combats pour déloger les défenseurs de chaque maison et des autres positons fortifiées. La commune est libérée le 7 juin, vers 15h30. Une stèle dédiée au 48e Royal Marine Commando (lieutenant-colonel Moulton) est établie dans un square, le long de la digue.

    Saint-Aubin-sur-Mer

    Dès le mois d’août 1940, Maurice Duclos, dit Saint Jacques, agent de la France libre, est envoyé par le général de Gaulle pour espionner les forces allemandes à Saint-Aubin-sur-Mer. Comme à Luc-sur-Mer, cette plage a reçu la visite d’un commando britannique en septembre 1941. Moins de trois ans plus tard, les soldats canadiens luttèrent avec fougue pour s’emparer des défenses allemandes . Les 22 chars débarqués furent décisifs. Un canon allemand dans une casemate est toujours visible près du monument dédié au 48eRoyale Marine Commando.

    Bernières-sur-Mer

    Sur cette plage, longue de près de trois kilomètres, les péniches abordent Bernières, le 6 juin, vers 18h10, sous un déluge de feu de l’artillerie allemande. Quatre-vingt-dix embarcations canadiennes sont détruites. Les soldats canadiens doivent parcourir 100 mètres à découvert avant d’atteindre la ville. Les habitants de la commune sont surpris, lors de la libération à 9h30, d’entendre des soldats coiffés du casque des « tommies », parler le français. Beaucoup de des libérateurs étaient, en effet des Québécois. Un monument souvenir est là pour rappeler le sacrifice de ces Canadiens français.

    Douvres-la-Délivrance

    Retirée à deux kilomètres de la mer, la station radar allemande pouvait surveiller tout mouvement de navire venant de Grande-Bretagne. Le 6 juin, les Alliés parviennent cependant à brouiller l’ensemble des installations, bien que le dernier radar Würzburg n’ait pas été détruit par le bombardement. La station, défendue par 238 soldats, de nombreuses pièces de DCA et des canons antichars, résiste onze jours aux assauts des troupes canadiennes. La reddition de la garnison est obtenue le 17 juin par des injections de gaz dans les bouches d’aération des blockhaus. Aujourd’hui, le site se trouve occupé par le musée du Radar, qui permet de comprendre le rôle de ce matériel et son évolution technique. A l’entrée de la commune, en venant de Caen, se dresse un cimetière allié de 1 123 tombes. Entre la commune de Bény-sur-Mer et de Reviers est implanté un cimetière canadien de 2 043 tombes sur 6 hectares.

    Courseulles-sur-Mer

    Ce petit port de pêche, connu pour sa production ostréicole, voit débarquer, le 6 juin, de nombreuses troupes canadiennes qui subissent de lourdes pertes, dont 34 chars détruits sur les 40 débarqués. Les casemates allemandes déclenchent des tirs meurtriers. La commune n’est libérée que vers 10 heures. Sur la rive droite de l’estuaire de la Seulles, on peut voir un char Shermann de 32 tonnes, rappelant l’action menée par la 2e brigade blindée canadienne. Plus loin, au bord de la Seulles, se trouve un canon allemand, placé dans son encouvement en béton. Dès le 8 juin 1944, l’embouchure de la Seulles a abrité le premier port militaire de ravitaillement, avant l’achèvement du port artificiel d’Arrromanches :2 000 tonnes d’approvisionnement y ont été débarqués chaque jour. Douze navires coulés formaient une rade artificielle. A l’est de la digue, un monument est dédié au Royal Winnipeg Rifles.

    Graye-sur-Mer

    Le Royal Winnipeg Rifles s’empare de Graye-sur-Mer vers 9 heures. En revanche, le sanatorium résiste jusqu’au lendemain. Entre Courseulles et Graye, le général de Gaulle, venu à bord du contre-torpilleur FFL La Combattante, retrouve le sol français, le 14 juin 1944, accompagné des généraux Bethouart et Koening, ainsi que de Maurice Schumann. Une croix de lorraine, au bord de la plage, rappelle l’événement. Le général de Gaulle s’est ensuite rendu en jeep au château de Creullet, pour y rencontrer le général (futur maréchal) Montgomery. Au pied de cette croix, un char Churchill de la 79e division blindée, a été exhumé du sable en novembre 1976. Des casemates allemandes subsistent sur cette plage, plage qui fut également choisie par Churchill, le 12 juin ; et le roi d’Angleterre, George VI, le 16.

    Creully

    Le château de Creully, construit entre le XIIe et le XVIe siècles, accueille, en juin 1944, la BBC qui y installe un studio pour réaliser des émissions radiophoniques. L’antenne, installée dans la tour, émet chaque jour, en juin et juillet 1944. Lors de la visite du château, on découvre le matériel des journalistes anglais, canadiens et français de l’époque. Depuis la terrasse, on voit le château de Creullet, où se rencontrèrent Montgomery et de Gaulle. Creully est l’endroit où s’est faite la jonction entre les Canadiens et les Britanniques débarqués à Gold Beach. Mais l’avance allait être stoppée durant un mois devant l’aérodrome de Carpiquet.