Omaha Beach
Si, par un bienveillant pied de nez du destin, le débarquement à Utah Beach est un franc succès, il n’en est pas de même avec le débarquement à Omaha Beach. Il faut bien avouer que le choix de cette plage, flanquée de hautes falaises, est peu propice à ce genre d’opération. La plage est bordée d’une levée de galets antichars. Derrière s’étendent, sur 200 mètres, des marais salants, entrecoupés en quatre endroits par des failles, permettant d’accéder aux quatre routes qui conduisent à l’intérieur du pays. La plage proprement dite est parsemée d’obstacles minés, d’ »hérissons » en acier et de pieux en bois. Un muret de béton et des barbelés parcourent le tracé sinueux des dunes. Les marais, déjà minés, sont quadrillés de fossés antichars et aux extrémités des falaises, à l’abri de murs épais d’un mètre, des canons sous casemate de 75 et 88 mm peuvent ratisser la plage. Pour parachever le tout, 35 casemates ou blockhaus, 8 positions d’artillerie lourde, 18 canons antichars et 85 nids de mitrailleuses font face à celle-ci.
Omaha Beach est le secteur attribué aux troupes de la 1re division d’infanterie, la fameuse « Big Red One » (Huebner) et au 116e régiment de la 29e division. Il s’étend de la Pointe de la Percée jusqu’à Sainte-Honorine. La mission des Gis est de nettoyer la plage, d’aménager cinq sorties et de s’établir sur la ligne Isigny-Trévières-Vaucelles. L’affaire débute mal : La marée est plus haute que prévue. L’angle des rampes d’assaut sur le sable s’en trouve affecté, et la menace des obstacles immergés s’avère plus importante. le transbordement des péniches, effectué trop loin des côtes, par une mer très houleuse, aboutit à la perte de dix bâtiments. Chacun transportant 300 hommes, 3 000 se retrouvent à barboter dans l’eau froide, surchargés par leurs équipements, et nombre d’entre eux se noient. Le matériel n’est pas épargné puisque 26 canons vont les rejoindre par le fond. La mise à l’eau des chars, à 6,5 kilomètres de la côte, est tout aussi catastrophique : sur les 29 chars amphibies DD destinés à débarquer à l’extrémité est de la plage, 24 sont happés par une mer agitée, entraînant avec eux la plupart de leurs équipages, un est coulé par une péniche. Seuls deux atteignent la berge. A Omaha, les 1ère et 29e divisions perdent ainsi presque tout leur potentiel en chars et en engins de combat du génie avant d’atteindre la terre ferme. Elles restent bloquées sous le mur antichar en béton. Heureusement, une intervention de bombardiers lourds de la 8th Air Force arrive fort à propos et rehausse considérablement le moral, déjà chancelant, des troupes. Mais pour spectaculaire qu’il soit, ce bombardement, comme tant d’autres, est inefficace : les 13 000 bombes larguées tombent dans les champs juste derrière les plages. La poussière occasionnée empêche l’artillerie navale de repérer ses cibles avec précision. Les troupes du débarquement rencontrent une mauvaise surprise, non décelée par les services de renseignements : Elles ne pensent trouver en face d’elles qu’un gros millier d’hommes du 726e régiment d’infanterie de la 716e division de fortification, composée en partie d’allemands ethniques de Pologne et de Russes à la valeur combative incertaine. Mais surgit le renfort inattendu des 914e et 916e régiments de la 352e division d’infanterie. Ceux-ci ont été transférés du front de l’Est pour Saint-Lô quelques semaines auparavant. Ce sont des combattants aguerris. Ils ont procédé, il y a peu, à des exercices contre un débarquement éventuel et sont parés à la riposte. Les Allemands, en éveil, se préparent au combat. Des batteries d’artillerie, disposées dans l’arrière-pays à 7 kilomètres des plages, n’attendent qu’un ordre pour entrer en action.
Les fantassins américains tentent de débarquer sous un terrible déluge de feu, venant de 85 casemates. Il faut parcourir 200 m de plage pour trouver un abri derrière la digue. Le 116e RI américain débarque le premier sur la côte ouest, à 6h36. A peine les rampes des quatre premières péniches abaissées, leurs occupants sont pris sous un feu croisé de mitrailleuses, d’artillerie, et de mortiers. La confusion est indescriptible et, en quelques minutes, des centaines d’hommes tombent, tués ou blessés. Ceux qui ont échappé à la noyade et aux balles prennent pied sur un rivage vierge de toute aspérité permettant de s’abriter, et en conséquence sont contraints de retourner dans l’eau afin d’y chercher une protection illusoire. Le seul semblant d’abri est l’étroite levée de galets à mi-chemin sur la plage, où s’agglutinent les hommes, vivants et morts. Les vagues qui se succèdent butent sur un nombre grandissant d’embarcations détruites, d’obstacles et de cadavres. Un compte rendu du 5e corps d’armée constate, à 7h30, la situation pour le moins catastrophique : Nos unités d’assaut sont en train de fondre à vue d’oeil . Nos pertes sont très élevées. Le tir de l’ennemi nous empêche de nous emparer du rivage. Les sapeurs, qui ont débarqué vers 7h30, tentent d’ouvrir des passages à travers ces obstacles, qui servent de remparts à de nombreux soldats. Ils ont pour tâche d’en dégager seize en 27 minutes. Ils ne parviennent, dans ce laps de temps, à n’en dégager qu’un seul. Cinq autres seront aménagés avant le reflux. S’entassant devant l’unique couloir, les péniches débarquent leurs hommes sous un feu tel que bien peu en réchappent, tandis que les embarcations elles-mêmes sont détruites ou endommagées par les mines ou l’artillerie.A 9 heures, la situation semble si critique, que le général Omar Bradley envisage de cesser les opérations de débarquement dans ce secteur. Le colonel Taylor, engagé dans l’action, constate : Il y a deux sortes d’individus qui restent sur la plage ! Les morts et ceux qui vont mourir ! Foutons le camp d’ici en vitesse !
Bradley ordonne à la flotte de tirer à nouveau sur les défenses allemandes. Cette décision importante permet aux soldats de progresser enfin, d’autant que l’infanterie allemande, à court de munitions, doit se replier. Les Américains parviennent à établir une fragile tête de pont d’un à deux kilomètres, au prix de 3 000 tués et autant de blessés ou de disparus dans les vagues !
Colleville-sur-Mer
Ce petit bourg est libéré le 7 juin, après une lutte sauvage, maison par maison. Un monument, dédié à la 5e brigade du génie, a été élevé sur les restes d’un blockhaus allemand. Au dessus, a été érigé un monument-obélisque en mémoire de la 1ère division américaine d’infanterie. Cette commune, ainsi que celle de Saint-Laurent-sur-Mer, accueillent les tombes de 9 386 soldats américains, dont 307 inconnus. Les milliers de tombes en marbre blanc de Carrare, sur un gazon fin, offrent un spectacle d’une grande dignité. Les stèles sont en forme de croix latine ou d’étoile de David. Un père et un fils reposent l’un près de l’autre, et dans trente-trois cas, ce sont des frères. Une chapelle circulaire et un belvédère complètent l’ensemble.
Saint-Laurent-sur-Mer
Libéré le 6 juin à 13 heures, le village abrite dans ses environs le musée Omaha, qui présente une collection d’uniformes, de véhicules, d’armes, dont un canon de 155 mm. Divers monuments commémorent l’action des troupes américaines.
Vierville-sur-Mer
Le secteur le plus meurtrier d’Omaha conserve un blockhaus allemand, aujourd’hui surmonté d’un monument dédié à la Garde nationale américaine. Le château servit de QG au commandement américain du 8 juin au 21 juillet. Un port artificiel a permis de débarquer plus de 600 000 hommes et 104 véhicules, jusqu’au 28 février 1945.
Englesqueville-la-Percée
La route côtière mène à ce village qui doit accueillir, durant l’occupation, une importante station radar, située exactement à la pointe de la Percée, un éperon rocheux identique à celui de la pointe du Hoc. L’ensemble est défendu par une batterie d’artillerie de campagne et une centaine de soldats allemands. Dès le mois de mai 1944, les radars sont détruits par les bombardements aériens. Le 7 juin, la prise du point fortifié est menée par le 2e bataillon de rangers, dont seulement 29 des 70 soldats engagés arrivent en haut de la falaise. Il faut l’appui de l’artillerie navale pour venir à bout de la résistance allemande. Lorsque les rangers parviennent au point fortifié, ils découvrent 69 cadavres ennemis.
La Pointe du Hoc
A 6 kilomètres à l’ouest d’Omaha, la falaise, haute de 30 m, est puissamment fortifiée par les Allemands qui y ont installé plusieurs blockhaus et une batterie à découvert de six canons de 155 mm, d’une portée de 20 kilomètres. La garnison repose sur 125 fantassins et 80 artilleurs, protégés dans des abris reliés par des tranchées bétonnées, derrière des barbelés et des mines. Cette position doit être prise d’assaut par 225 hommes du 2e bataillon de Rangers du colonel James Rudder. Ils débarquent en vue de leur objectif, les falaises de la pointe du Hoc, au sommet desquelles s’érige la plus impressionnante batterie de côte du secteur. Dans la nuit du 5 au 6 juin, 124 avions déversent 700 tonnes de bombes en quelques minutes. Puis un déluge d’obus de la flotte bouleverse davantage l’endroit, qui se transforme en terrain lunaire. Le cuirassé Texas tire à lui seul plus de 600 obus de 356 mm. Le 6 juin, à 7h25, 225 rangers, répartis en trois compagnies, débarquent au pied de la falaise. Ne pouvant utiliser leurs véhicules amphibies DUKW, dotés d’échelles de pompier, à cause de la plage criblée de trous d’obus qui ne permet pas une manœuvre aisée de ces véhicules, les hommes utilisent des échelles de corde qu’ils fichent en haut des falaises à l’aide de grappins et tentent d’escalader la falaise. L’escalade commence sous le tir des 200 défenseurs de la batterie, qui appartiennent à la 716e DI. Les Allemands, survivants du déluge de feu, opposent une résistance féroce. Plusieurs Rangers sont atteints et s’écrasent au sol : 135 rangers sur 225 sont mis hors de combat lors de l’assaut. Heureusement, deux destroyers entrent en scène, le Satterlee et le Talybond, qui déclenchent un feu précis et meurtrier sur les défenseurs. Cette aide permet aux Rangers survivants de parvenir au sommet, de s’emparer de la batterie, et de faire prisonnier les derniers servants. Mais une cruelle déception attend les vainqueurs : les canons ont été démontés et leurs tubes remplacés par des poteaux télégraphiques. Les véritables n’avaient pas encore eu le temps d’être montés et sont cachés dans un verger, à environ 800 mètres dans l’arrière-pays. Ils finiront par être localisés et détruits. La situation demeurera indécise et les Rangers s’accrocheront au terrain pendant deux jours, jusqu’au 8 juin repoussant de nombreuses contre-attaques. Ils accuseront la perte de 138 hommes pour cette seule opération. L’assaut, raconte Philippe Lamarque, prend vite l’aspect d’un siège médiéval. Rampant dans un paysage lunaire, perdant parfois la liaison avec le groupe voisin, sautant de cratère en cratère, les rangers s’emparent de la batterie complètement détruite, mais les canons n’y sont plus. Ils se retranchent, faute de mieux, dans la position conquise, durement harcelés par ce qu’il reste de la garnison. Les rangers avaient étudié la position sur des photos aériennes, mais lorsqu’ils y parviennent, ils ne reconnaissent rien tant le terrain a été bouleversé par les obus et les bombes. Mais cette victoire semble inutile du fait que les canons ont été démontés et déplacés à quelques kilomètres en arrière. L’ensemble représente aujourd’hui un site de 25 hectares, où sont toujours visibles les tranchées, les trous d’obus et de bombes, les blockhaus défoncés. Des corps allemands et américains demeurent toujours sous les gravats. Le terrain a été concédé au gouvernement américain, qui l’a transformé en sanctuaire militaire. A la pointe extrême, se dresse une aiguille de granit, installée à la place de l’ancien poste de tir. Sur une croix fichée en terre, on peut lire l’inscription suivante : Ici des combattants demeurent. La bataille, dans son chaos, les a unis pour l’éternité.
Grandcamp-Maisy
Le village de Maisy, situé en retrait de littoral, est défendu par les batteries allemandes de La Martinière et de La Perruque. Menaçant le secteur d’Utah sur la côte Est du Cotentin, elles sont neutralisées dans l’après-midi du 6 juin par le croiseur Hawkins. Un musée des rangers rend hommage à leur courage. A l’entrée de la commune, est implanté un monument dédié à la Garde nationale américaine.
La Cambe
